Le message revient chaque semaine, souvent au pire moment : au milieu d’une vidéo, ou juste avant de prendre une photo qu’on ne reprendra pas. Et la réaction de presque tout le monde est la même : supprimer des applications.
C’est presque toujours le mauvais geste. Sur un téléphone ordinaire, les applications occupent une petite fraction de l’espace. Ce sont les photos et surtout les vidéos qui prennent la place, suivies de près par les pièces jointes des messages. Supprimer dix applications libère quelques centaines de mégaoctets et vous ramène au même message dans trois jours.
Où va vraiment l’espace
Avant de supprimer quoi que ce soit, regardez le détail. Les deux systèmes offrent un écran qui répartit l’espace par catégorie, et il vaut la peine d’être lu avant d’agir.
Sur un iPhone : Réglages, Général, Stockage iPhone. Sur Android : Réglages, puis la section Stockage ou Entretien de l’appareil, selon le fabricant.
Vous y verrez presque toujours le même classement. Photos et vidéos en tête, souvent la moitié ou plus du total. Puis « Système » ou « Autre », un bloc que vous ne contrôlez pas vraiment. Puis les messages. Puis, très loin derrière, les applications elles-mêmes.
Pourquoi supprimer des applications ne règle presque rien
Une application typique pèse quelques dizaines de mégaoctets. Une seule vidéo de trois minutes peut peser autant que quinze applications.
Il y a une exception qui vaut la peine d’être vérifiée : les applications qui accumulent leurs propres fichiers. Les services de musique et de baladodiffusion qui téléchargent pour l’écoute hors ligne, les services de vidéo qui gardent des épisodes, les jeux qui ajoutent des mises à jour de contenu. Là, l’application affiche parfois plusieurs gigaoctets. Ce n’est pas l’application qu’il faut supprimer, mais ses téléchargements, ce qui se fait dans ses propres réglages.
Sur iPhone, il existe aussi une option pour « décharger » une application : elle retire le programme mais garde vos données, et l’icône reste sur l’écran. Utile pour une application saisonnière qu’on ne veut pas reconfigurer.
Le vrai coupable, c’est la vidéo
Une photo prise avec un téléphone récent pèse quelques mégaoctets. C’est peu. Cent photos par mois pendant cinq ans, ça reste gérable.
La vidéo, c’est un autre ordre de grandeur. Une minute filmée en haute résolution peut peser plusieurs centaines de mégaoctets, et le débit augmente encore avec le nombre d’images par seconde. Trois soirées de spectacle d’école filmées au complet remplissent plus d’espace que toutes vos applications réunies.
Deux gestes utiles, et ils sont préventifs plutôt que curatifs :
Baissez la résolution d’enregistrement dans les réglages de l’appareil photo si vous filmez surtout des scènes de famille destinées à un téléphone ou à une télé. La différence à l’écran est faible; la différence sur le disque est énorme.
Triez les vidéos en premier quand vous faites du ménage. Dans l’application Photos, on peut trier par taille ou consulter la catégorie des vidéos. Supprimer trois vidéos ratées libère plus d’espace qu’une heure passée sur les photos.
iCloud, honnêtement
Sur un iPhone, l’option Photos iCloud avec « Optimiser le stockage » est mal comprise, et c’est celle qui cause le plus de mauvaises surprises.
Ce qu’elle fait réellement : les versions originales, en pleine résolution, sont conservées dans iCloud. Sur le téléphone, le système garde des versions allégées, et retélécharge l’original quand vous ouvrez une photo ou que vous voulez l’exporter. C’est efficace et ça fonctionne bien, à trois conditions.
Il faut assez d’espace iCloud. Le forfait gratuit est de 5 Go, ce qui ne suffit pour personne dès qu’il y a des photos. Si l’espace est plein, la synchronisation s’arrête et les nouvelles photos ne partent nulle part.
Il faut du réseau. Sans connexion, vous n’avez que les versions allégées. En voyage, à l’étranger, ou dans un sous-sol, la photo en pleine qualité n’est pas là.
Ce n’est pas une sauvegarde. C’est le point important, et il mérite sa propre section.
Le piège du miroir
Photos iCloud et la sauvegarde de Google Photos sont des miroirs, pas des archives.
Concrètement : si vous supprimez une photo sur le téléphone, elle disparaît aussi en ligne, et donc sur tous vos autres appareils. Le geste que les gens font en croyant « libérer de l’espace » supprime en réalité l’original partout.
Il y a un filet : une corbeille garde les éléments supprimés une trentaine de jours des deux côtés. Passé ce délai, c’est terminé.
La bonne méthode pour libérer de l’espace sans rien perdre est différente selon le système. Sur iPhone, on active « Optimiser le stockage » et on laisse le système gérer, sans rien supprimer soi-même. Sur Android, Google Photos offre une fonction qui retire du téléphone les copies locales des photos déjà sauvegardées en ligne, ce qui n’est pas la même chose que de les supprimer.
Et dans les deux cas, si ces photos n’existent qu’à un seul endroit, vous avez une copie, pas une sauvegarde. C’est précisément la distinction qu’explique notre article sur la règle 3-2-1.
Google Photos, honnêtement
Le fonctionnement est comparable, avec une différence importante : l’espace de votre compte Google est partagé entre Gmail, Drive et Photos. Le forfait gratuit de 15 Go se remplit donc aussi avec vos courriels et vos documents, et beaucoup de gens découvrent le problème le jour où la sauvegarde des photos s’arrête en silence.
Vérifiez deux choses. D’abord, que la sauvegarde est réellement activée, parce qu’elle se désactive parfois seule après un manque d’espace. Ensuite, la qualité de téléversement choisie : la qualité réduite consomme beaucoup moins d’espace que l’originale, au prix d’une perte de détail invisible sur un écran de téléphone mais réelle à l’impression grand format.
Les messages et leurs pièces jointes
C’est la catégorie oubliée, et elle est souvent la deuxième en importance.
Chaque photo, chaque vidéo, chaque autocollant animé reçu dans une conversation est stocké dans le téléphone, en plus de l’original. Une conversation de groupe familiale active depuis huit ans peut peser plusieurs gigaoctets à elle seule.
Deux réglages règlent ça durablement. Sur iPhone, on peut demander au système de conserver les messages pendant un an plutôt que pour toujours, et il y a un écran qui liste les pièces jointes les plus lourdes pour les supprimer sans toucher au texte. Sur Android, l’application de messagerie et les applications de conversation offrent chacune leur propre gestion du stockage; c’est à faire application par application.
Avant de faire le grand ménage, sauvegardez les quelques photos reçues par message auxquelles vous tenez : contrairement à celles que vous prenez vous-même, elles ne sont pas forcément dans votre bibliothèque.
Le bloc « Système » ou « Autre » qu’on ne peut pas toucher
Chaque écran de stockage contient une tranche appelée Système, Autre, ou quelque chose d’aussi peu éclairant, et elle pèse souvent plusieurs gigaoctets. Les gens la regardent et concluent que quelque chose ne va pas.
C’est en général normal : le système d’exploitation, les caches, les fichiers temporaires, les données mises de côté par les applications. Ce bloc grossit et rétrécit tout seul, et il rétrécit justement quand le téléphone manque vraiment d’espace.
Ce qu’il faut en retenir, c’est qu’il impose un plancher. Un téléphone vendu avec 64 Go n’en offre pas 64. Si vous vous battez pour de l’espace toutes les semaines sur un petit appareil par ailleurs en bon état, la solution est de déplacer la bibliothèque de photos en ligne, pas de supprimer davantage.
Le ménage qui fonctionne, dans l’ordre
- Regardez l’écran de stockage et notez les trois catégories les plus lourdes.
- Videz la corbeille des photos. Les éléments supprimés occupent encore de l’espace pendant trente jours.
- Supprimez les vidéos ratées et les doublons. Le meilleur rapport temps investi sur espace libéré.
- Attaquez les pièces jointes des messages, en commençant par les plus grosses.
- Retirez les téléchargements hors ligne de vos applications de musique et de vidéo.
- Ensuite seulement, activez l’optimisation du stockage photo, une fois que vous êtes certain que la sauvegarde en ligne est à jour.
- Redémarrez le téléphone. Les fichiers temporaires se libèrent souvent à ce moment-là.
Quand payer est simplement la bonne réponse
Il faut le dire clairement, parce que beaucoup de gens s’épuisent à éviter une dépense de quelques dollars par mois.
Si votre bibliothèque de photos dépasse ce que le forfait gratuit peut contenir, aucun ménage ne réglera le problème de façon durable. Vous allez faire le tri, gagner deux mois de tranquillité, et recommencer. Les forfaits d’entrée de gamme des grands services coûtent quelques dollars par mois, ils couvrent en général plusieurs appareils de la famille, et ils règlent en même temps la sauvegarde du téléphone au complet.
Payer devient la bonne réponse quand la bibliothèque de photos dépasse l’espace gratuit, quand la sauvegarde s’interrompt régulièrement, ou quand vous vous surprenez à supprimer des souvenirs pour faire de la place. Ce dernier symptôme est le plus révélateur : personne ne devrait choisir entre garder les photos d’un voyage et filmer un anniversaire.
Payer n’est pas la bonne réponse quand le téléphone est plein à cause d’une seule application mal réglée, ou de huit ans de pièces jointes que personne ne relira jamais. Vérifiez ce point avant de vous abonner.
Si vous préférez qu’on regarde l’écran de stockage avec vous, qu’on s’assure que les photos sont réellement sauvegardées avant tout ménage, et qu’on choisisse le bon forfait, c’est ce que couvre notre service de téléphones et tablettes, avec le volet données et sauvegarde pour la partie qui compte vraiment.