Le lag et la lenteur sont deux choses différentes, et les confondre coûte cher. Une connexion à 1 Gbit/s peut donner une expérience de jeu épouvantable, et une connexion beaucoup plus modeste peut être parfaite.
Ce qui compte en jeu, ce n’est pas la quantité de données que votre connexion peut transporter. C’est le temps que met un petit paquet de données à faire l’aller-retour jusqu’au serveur, et surtout la régularité de ce délai. Un jeu en ligne envoie de toutes petites quantités d’information, très souvent. Il a besoin de ponctualité, pas de volume.
Les trois chiffres qui décident
La latence, ou ping. Le temps, en millisecondes, que prend l’aller-retour d’un signal jusqu’au serveur. C’est ce qui produit la sensation de décalage entre le moment où vous appuyez et le moment où ça se produit à l’écran. En dessous d’une vingtaine de millisecondes, c’est excellent. Autour de cinquante, c’est très correct. Au-delà de cent, ça devient perceptible dans les jeux rapides.
La gigue, ou jitter. La variation de cette latence d’un instant à l’autre. C’est le chiffre le plus sous-estimé. Une latence stable à 60 ms se joue très bien; une latence qui saute entre 20 et 200 ms donne des téléportations, des coups qui ne comptent pas et des retours en arrière. Le cerveau s’adapte à un délai constant, jamais à un délai imprévisible.
La perte de paquets. Le pourcentage d’information qui n’arrive jamais et qu’il faut renvoyer. Même à 1 ou 2 %, ça se voit : personnages qui figent, voix hachée, déconnexions. C’est presque toujours un symptôme d’un problème local, pas d’un problème chez le fournisseur.
La vitesse, elle, n’intervient qu’à deux moments : quand vous téléchargez un jeu, et quand plusieurs personnes utilisent la connexion en même temps.
Pourquoi un forfait plus rapide ne règle rien
C’est la dépense la plus fréquente et la plus inutile en la matière.
Passer de 100 à 500 Mbit/s ne raccourcit pas la distance jusqu’au serveur, ne stabilise pas un signal Wi-Fi faible, et ne change rien à la qualité du chemin entre votre quartier et le centre de données. Vous téléchargerez vos jeux plus vite. Vous ne jouerez pas mieux.
Il y a une exception réelle : si votre connexion est vraiment saturée, par exemple quand quelqu’un téléverse un gros fichier ou qu’une sauvegarde en ligne tourne pendant que vous jouez, la latence grimpe en flèche. Dans ce cas précis, plus de débit aide. Mais le vrai remède est ailleurs, et il est gratuit : c’est de gérer ce qui utilise la connexion en même temps.
Le Wi-Fi, coupable numéro un
Dans la grande majorité des cas de lag domestique, la cause est entre la console et le routeur, pas entre le routeur et Internet.
Le Wi-Fi est une radio partagée. Tous vos appareils parlent à tour de rôle sur la même fréquence, et ils attendent leur tour. Ajoutez les réseaux des voisins, un four à micro-ondes, une porte de garage, et vous obtenez un canal encombré où chaque paquet attend un peu. Ce petit délai d’attente, imprévisible par nature, c’est exactement de la gigue.
La bande 2,4 GHz porte loin mais elle est saturée, surtout dans un immeuble montréalais où l’on voit vingt réseaux depuis le salon. La bande 5 GHz est bien meilleure pour le jeu, mais elle traverse mal les murs. Une console au sous-sol connectée en 2,4 GHz sur un routeur du deuxième étage est la recette parfaite pour une soirée frustrante.
Le test qui tranche : jouez une partie, puis refaites la même chose avec la console branchée par câble, ne serait-ce qu’un long fil tiré temporairement dans le corridor. Si la différence est évidente, vous avez votre réponse.
Le câble Ethernet, solution numéro un
Peu séduisant, imbattable, et souvent le seul changement nécessaire.
Un câble élimine d’un coup l’encombrement radio, les interférences, la distance et les murs. La latence baisse un peu, la gigue s’effondre, et la perte de paquets disparaît généralement. Un câble plat se glisse sous une plinthe ou sous un tapis, et une longueur généreuse coûte quelques dizaines de dollars.
Quand tirer un câble est impossible, deux solutions de repli existent. Le courant porteur (CPL) fait voyager le réseau dans le filage électrique : le résultat dépend entièrement de l’état de l’installation, excellent chez certains, décevant chez d’autres. Un boîtier maillé placé près de la console, relié lui-même en câble quand c’est possible, fonctionne aussi bien.
Et si le problème est d’abord une question de couverture, notre article sur les zones mortes du Wi-Fi va plus loin sur ce qui fonctionne vraiment.
Ce qui encombre votre réseau de l’intérieur
Avant d’accuser le fournisseur, regardez ce qui tourne chez vous pendant que vous jouez.
Un téléversement en cours. Une sauvegarde infonuagique, un transfert de photos, un fichier envoyé. Le téléversement est la partie étroite de presque tous les forfaits résidentiels, et le saturer fait grimper la latence de tout le monde dans la maison, y compris de vous.
Une mise à jour qui se télécharge. Les consoles téléchargent en arrière-plan, y compris pendant que vous jouez. Une mise à jour de 80 Go en cours explique bien des soirées.
Trop d’appareils en vidéo. Quatre écrans en diffusion en continu, plus une visioconférence, plus une console : à un moment, quelque chose cède.
Beaucoup de routeurs offrent un réglage de qualité de service qui donne priorité au jeu ou lisse le trafic. Quand il est bien réglé, il élimine les pointes de latence causées par le reste de la maison. C’est un des rares réglages qui apporte un gain réel et mesurable.
NAT strict, NAT modéré : de quoi on parle
Votre console affiche un type de NAT. Selon la marque, on parle de Type 1, 2 ou 3, ou d’ouvert, modéré et strict. Ça décrit une seule chose : la facilité avec laquelle d’autres joueurs peuvent établir une connexion directe avec vous.
Ouvert. Les connexions entrantes passent. Vous rejoignez et hébergez sans problème.
Modéré. Ça fonctionne la plupart du temps, mais vous ne pouvez pas vous connecter à tout le monde, et vous hébergez rarement.
Strict. Les invitations échouent, le clavardage vocal reste muet, vous êtes seul dans un groupe où tout le monde s’entend, et vous mettez une éternité à trouver une partie.
Un NAT strict n’a rien à voir avec la vitesse. C’est une question de chemin d’entrée. Les causes habituelles :
Deux routeurs en série. Le cas le plus fréquent. La boîte du fournisseur fait déjà le routeur, et vous avez branché le vôtre derrière : chaque appareil crée son réseau, et les connexions entrantes se perdent entre les deux. C’est le double NAT.
Un réglage désactivé sur le routeur. La fonction qui permet à une console de demander elle-même l’ouverture des ports est parfois désactivée par défaut.
Un pare-feu trop strict, ou un profil de sécurité activé par le fournisseur.
Le NAT du fournisseur. Certaines connexions partagent une même adresse publique entre plusieurs abonnés. Dans ce cas, aucun réglage chez vous ne suffira, et il faut en parler au fournisseur.
Les façons légitimes de changer ça
Dans cet ordre, du plus simple au plus technique :
- Redémarrez complètement le routeur et la console. Ça se règle parfois là, quand une négociation a mal tourné.
- Activez l’UPnP sur le routeur. C’est la fonction qui permet à la console d’ouvrir ce dont elle a besoin. Un seul réglage, et il règle la majorité des cas.
- Éliminez le double NAT. Si vous avez deux routeurs, mettez celui du fournisseur en mode pont ou désactivez la fonction routeur de l’un des deux. Notre article sur le routeur du fournisseur explique le mode pont en détail.
- Réservez une adresse fixe à la console dans le routeur, puis redirigez vers elle les ports indiqués par le fabricant de la console. C’est plus long, mais c’est propre et stable.
- Appelez le fournisseur si rien n’y fait, et demandez si votre connexion partage une adresse publique. La réponse détermine tout le reste.
Un mot sur la zone démilitarisée, ou DMZ, qu’on voit souvent recommandée : elle expose l’appareil directement à Internet. C’est acceptable pour une console de jeu, qui n’a rien à voler. Ce n’est pas quelque chose à faire avec un ordinateur.
Ce qui ne dépend pas de vous
Une partie de la latence est de la géographie. Si le serveur est en Europe et que vous êtes à Longueuil, aucun réglage ne raccourcira l’Atlantique. Choisissez le serveur ou la région le plus près quand le jeu le permet, et méfiez-vous des parties hébergées à l’autre bout du monde.
Le lag peut aussi venir du jeu lui-même : un serveur surchargé un soir de lancement, une mise à jour bâclée, un problème chez l’éditeur. Le signe qui ne trompe pas, c’est que tout le monde en parle en même temps et qu’un autre jeu fonctionne parfaitement au même moment.
Enfin, si votre écran affiche en retard, ce n’est pas du réseau. Un téléviseur en mode image standard ajoute un délai bien réel entre la manette et l’image, et le mode jeu du téléviseur le supprime. Beaucoup de gens cherchent longtemps du côté du réseau un problème qui se règle dans les réglages de la télé.
Si vous préférez qu’on mesure la latence, qu’on démêle le double NAT et qu’on installe une liaison filaire propre jusqu’à la console, c’est exactement ce que couvre notre service de jeux vidéo, avec le volet Wi-Fi et réseau pour tout ce qui se passe avant la console.